ENFANTS HPI

Cette page un peu particulière (elle traite non des agents publics mais des enfants) s’adresse à la fois aux agents publics travaillant avec des enfants et à tout agent public ayant des enfants.

La « douance » semble avoir une composante héréditaire. De fait, des adultes HPI découvrent leur haut potentiel par hasard, en constatant que leurs enfants, qui leur ressemblent, sont testés et reconnus HPI. Il s’agit donc d’un enjeu familial.

Comment reconnaître un enfant HPI ?

Les caractéristiques des enfants HPI sont très similaires à celles des adultes HPI.

Le bébé HPI

Il est plus rapide dans les étapes du développement de l’enfant, d’où sans doute l’appellation retenue par l’Education nationale d’enfants précoces. Ils sont très observateurs, on parle de « bébés scrutateurs ». Ils sont toniques. Certains dorment peu.
En général, ils commencent à parler tôt. Lorsque, au contraire, l’acquisition du langage est plus tardive, ils font des phrases correctes et complètes immédiatement. Leur vocabulaire devient très riche, très rapidement.

Les enfants HPI

Ils présentent les caractéristiques suivantes de manière manifestement plus intense que la moyenne :
  • Ils ont une grande empathie. Cela peut par exemple les conduire à pleurer à la seule vision d’une punition injuste envers un autre enfant ;
  • Ils questionnent tout, en permanence. Ce rapport à l’environnement est souvent épuisant pour l’entourage familial. Néanmoins, ils ont besoin qu’on leur réponde honnêtement. Il est préférable de leur répondre « je ne sais pas répondre à ta question, cherchons ensemble » plutôt que d’éluder la question ;
  • Ils sont faiblement tolérants à la frustration. Là encore, la patience de l’entourage familial est souvent mise à l’épreuve ;
  • Comme les adultes, leur pensée est dite « divergente ». Ils ont un mode de raisonnement différent des autres enfants. Leur raisonnement est plus global que séquentiel. Ils traitent beaucoup d’idées en même temps, vérifient leur cohérence et trouvent la solution. Ce processus n’est pas conscient. Ils doivent faire un effort pour dire comment ils sont arrivés au résultat. L’entourage peut avoir l’impression que l’enfant a simplement eu de l’intuition. Il arrive qu’ils mènent plusieurs raisonnements pour éviter l’ennui ou qu’ils suivent plusieurs conversations simultanément ;
  • Ils sont préoccupés très jeunes par des questions majeures, comme la mort. Ils réagissent très fréquemment aux actualités ;
  • Ils peuvent avoir un sens de l’humour très aiguisé, allant jusqu’à comprendre l’humour que leurs propres parents pratiquent entre eux d’une manière qu’ils voudraient codée ;
  • Ils ont des codes implicites de communication différents de ceux qui sont généralement pratiqués. Par exemple, les énoncés d’exercices peuvent leur paraître incompréhensibles s’ils ne sont pas très rigoureusement définis. Ainsi, face à une question comme « donne ton avis sur… » où l’enseignant attend en réponse le contenu du cours, l’enfant HPI est décontenancé : cette question n’a aucun sens pour lui, il comprend qu’on lui demande vraiment son avis et pas qu’il doit réciter son cours ;
  • Ils sont hypersthésiques (le développement de leurs sens — ouïe, vue, goût, toucher, odorat — est inhabituellement développé). Ainsi, un enfant HPI peut écouter ce que vous dites et sentir les odeurs de cuisine chez les voisins. Il pourra, dans la conversation, vous poser une question sur la cuisine alors que cela n’a aucun rapport avec votre sujet. Le rapport se trouve dans la situation qu’il vit, dans l’immédiateté.

Les ados HPI

Ils argumentent sans cesse, d’une façon redoutablement efficace, et peuvent très rétifs aux règles qu’on leur impose.

De l’importance de la détection

Bien qu’un certain nombre d’enfants HPI soient épanouis sans connaissance de leur haut potentiel, d’autres éprouvent des difficultés, tant en termes de socialisation avec les autres enfants qu’en termes de résultats scolaires.
La qualité de la vie de l’enfant peut alors être très sévèrement affectée.
Le décalage important qu’il ressent avec l’institution scolaire et/ou avec ses pairs complique la construction de son estime de soi. Il arrive qu’il se croie parfaitement idiot. D’où l’importance de la détection par le passage d’un test psychométrique. L’enfant va pouvoir établir une estime de soi plus harmonieuse car il connaît sa différence.

Quels sont les besoins d’un enfant HPI ?

Comme tous les enfants, ils ont besoin d’être regardés et écoutés : ils ont besoin qu’il leur soit prêté de l’attention.
Ils ont fréquemment un besoin de contrôle : lorsqu’une personne ressent de façon plus aiguë ses sensations, ses émotions et celles des autres, l’environnement peut rapidement devenir inquiétant. D’autant qu’ils ne savent pas forcément nommer ses sensations et émotions et qu’ils ne retrouvent pas chez les autres.
Enfin, ils ont particulièrement besoin de sens (caractéristique que l’on retrouve chez les adultes HPI, particulièrement exposés au brown-out), notamment sous la forme de réponses, fussent-elles imparfaites, à leurs fréquentes questions.

Les « troubles de comorbidité », ou « caractéristiques corollaires »

Comme les autres enfants, il peut arriver que les petits HPI soient atteints de TDA/H (trouble déficitaire de l’attention avec hyper activité — ou sans hyperactivité, plus difficile à déceler), ou d’un « trouble dys-«  (dyslexie, dyspraxie, etc.).

Cette association, assez fréquemment rencontrée, d’un haut potentiel et d’une autre caractéristique spécifique, fait l’objet de dénominations variables, qui constituent un enjeu délicat et fondamental (car toute dénomination crée des connotations positives ou négatives au sujet de ce qu’elle désigne). Certains les appellent « troubles de comorbidité » (terme médical dont les connotations en langage courant sont négatives), d’autres désignent les enfants concernés par l’expression anglophone « twice exceptional » (dont la connotation est plus positive) par exemple.
Assez rares sont les professionnels de santé au fait de ces caractéristiques associées au haut potentiel. La prise en charge peut se transformer en « parcours du combattant ». On trouvera, à ce sujet, beaucoup d’informations sur Internet. Les associations spécialisées peuvent être particulièrement utiles. 

L’instruction et la scolarité des enfants HPI

Les limites de l’instruction classique envers les enfants HPI

Le système scolaire français est standardisé, du simple fait qu’il s’agit d’une institution destinée à un large public. Il lui est donc nécessaire de créer et mettre en œuvre des procédures standardisées (mode d’enseignement relativement homogène, tests de connaissance fréquents et similaires par leurs modalités). Cette standardisation l’amène à s’adresser aux besoins de l’élève de niveau médian, ce qui provoque des difficultés d’enseignement aux élèves dont les caractéristiques s’éloignent de celles de l’élève médian.
Ainsi, les modes d’apprentissage actuellement mis en œuvre exigent de très gros efforts d’adaptation des enfants HPI. Les connaissances sont découpées et répétées, quand l’enfant HPI a besoin, pour apprendre, d’une vision globale et de sens. Par exemple, un enfant HPI a un besoin réel et immédiat de comprendre pourquoi on lui enseigne les mathématiques ou la grammaire.
Apprendre par cœur n’a pas de sens pour eux. En revanche, si on explique d’où vient la règle à apprendre et pourquoi, il en est ainsi, ils la retiendront sans mal.
Par exemple : château prend un accent circonflexe ; la raison est qu’en vieux français on écrivait « chasteau » (comme « bastiment » ou « hospital »). L’accent circonflexe est une survivance du s muet. Le s a été supprimé lors d’une réforme de l’orthographe. Si on présente des textes en vieux français, cette règle prend du sens.
Globalement, un tiers des enfants HPI réussit brillamment ses études, un tiers passe inaperçu en étant dans la moyenne, et un tiers échoue bruyamment. Ils échouent par ennui et se désintéressent de cet enseignement qui les déçoit. Leur réaction à cet ennui passe soit par un besoin d’animer le cours pour stimuler leur esprit (ils passent pour des fauteurs de trouble), soit par une acceptation de cet ennui, qui les amène à une solitude et une tristesse croissantes.
Il existe aussi des HPI qui réussissaient leur scolarité et qui s’effondrent d’un coup dans les niveaux supérieurs au collège ou au lycée.

Les pistes d’enseignement aux enfants HPI

Enseigner aux « enfants intellectuellement précoces » peut être effectué soit dans le cadre familial, soit dans une institution scolaire.

Il n’y a pas de programme particulier à suivre, ou d’outil spécifique à utiliser, pour les EIP : il est tout à fait possible pour un enseignant de modifier l’existant, pour ne pas accroître démesurément sa charge de travail.

Il peut être important de parler aux élèves HPI afin d’identifier leurs difficultés. Le plus souvent, ils s’ennuient et le programme tel qu’il est conçu ne répond pas à leurs centres d’intérêt (ils ont souvent besoin de « creuser » davantage, d’aller dans le détail, ce qui ne veut pas dire forcément faire le programme de la classe supérieure)… Souvent l’enfant intellectuellement précoce a besoin d’approfondir. Ainsi, il est possible de :

  • Leur donner des exercices supplémentaires
  • S’ils aiment lire, trouver des ouvrages qui sont susceptibles de les intéresser davantage (sans forcément viser une utilité pédagogique, mais en exploitant plutôt leur curiosité). S’ils sont intéressés par l’orthographe, l’origine des règles de grammaire… leur faire chercher plus d’informations à ce sujet. S’ils s’intéressent à la grammaire, les renvoyer vers la linguistique. Bref : ne pas les laisser se satisfaire des règles et les « recracher », mais aller plus loin, les renvoyer vers de la documentation plus complète
  • Dans la mesure du possible, accepter qu’ils fassent autre chose en classe, sous réserve qu’ils aient déjà accompli les tâches à faire et qu’ils se tiennent calmes.
Il ne faut jamais oublier qu’envers le HPI, comme envers d’autres caractéristiques spécifiques (autisme, TDA/H), les enseignants français ne sont pas spécifiquement formés. Ils se trouvent souvent démunis. Ils peuvent ne pas savoir évaluer ces enfants.
L’institution scolaire a commencé à prendre en compte les besoins spécifiques des enfants HPI :
  • Le code de l’éducation pose le principe général selon lequel : « Des aménagements appropriés sont prévus au profit des élèves intellectuellement précoces ou manifestant des aptitudes particulières, afin de leur permettre de développer pleinement leurs potentialités »
Il existe donc des textes et des procédures applicables. Toutefois, leur application dépend de chaque chef d’établissement et de chaque enseignant. Il peut y avoir, dans une même équipe pédagogique, des professeurs qui sont sensibilisés au HPI ou à d’autres particularités, et d’autres non.
Il est donc très important pour les parents d’enfants HPI de sensibiliser, avec l’aide d’associations spécialisées, l’administration scolaire et les enseignants de leurs enfants à ce sujet. Eux-mêmes cherchent à obtenir davantage d’informations, afin de pouvoir enseigner à tous leurs publics, conformément aux principes de l’Éducation nationale.