HPI, C’EST QUOI ?

Attention : le « haut potentiel intellectuel » est une construction relativement récente dans le champ des études psychologiques, et est encore objet d’étude et de controverses. La prudence s’impose donc quant aux soi-disant « caractéristiques » des personnes HPI. Souvenez-vous toujours que, pour elles comme pour les autres, chaque individu porte un ensemble de caractéristiques unique. Méfiez-vous des généralisations ; nous en ferons parfois ici, mais toujours sous le sceau de la plus grande prudence.

La seule définition assez fiable pour être retenue à ce jour est « un haut potentiel intellectuel se manifeste par un QI total situé dans la zone supérieure ou très élevée, c’est-à-dire supérieur à 130 ou situé à plus de 2 écarts-types de la moyenne à un test d’intelligence reconnu, sensible, fidèle et valide »*.

Il ne sera jamais assez souvent rappelé que les individus HPI sont des personnes : elles ont, comme toute personne, des sentiments, des idées et des besoins. Elles ne sont donc ni « meilleures » ni moins bonnes que les autres.

Cela dit, les adultes HPI ont généralement des caractéristiques spécifiques dans 3 domaines : neurologique, psychologique, psychométrique.

Les critères neurologiques, psychologiques et psychométriques

Psychométrie : les 2,2% supérieurs de l’échelle de Wechsler

Les personnes HPI obtiennent à des tests psychométriques évaluant l’intelligence (dits « tests de QI ») un score les classant dans les 2,2% supérieurs de la population. Le test le plus utilisé en Europe est la WAIS (Wechsler Adult Intelligence Scale), et un individu est dit « à haut potentiel intellectuel » lorsque son score, qui le classe dans les 2,2% supérieurs (soit 2 écarts-types à la normale), est supérieur ou égal à 130.  Ce test ne peut être passé qu’auprès d’un psychologue diplômé (bac+5), et spécifiquement formé à le faire passer : le psychologue recueille les réponses de la personne testée, les analyse, et lui remet ensuite un compte-rendu oral et écrit détaillé. Seul ce test (ou son équivalent américain, la CATTELL), précisément étalonné et régulièrement mis à jour, peut apporter une preuve raisonnablement acceptable du haut potentiel individuel d’un individu.

Attention, les tests de QI, destinés à évaluer l’intelligence humaine, ont des limites, que les psychologues formés à les dispenser connaissent :

  1. Il est loin d’être certain que l’intelligence humaine puisse être mesurée puis transcrite en un nombre (si puissants et précis que soient les instruments de mesure)
  2. Tout test (et pas seulement de QI) a des limites théoriques et pratiques :
    • Il doit être « valide », « fidèle », et « sensible » ; à ce titre, les hypothèses et modèles théoriques sur lesquels il repose doivent être eux-mêmes vrais. A titre d’exemple, la WAIS repose sur le modèle de Cattell-Horn-Carroll. S’il est prouvé qu’une hypothèse ou un modèle est faux, le test qui se fonde sur eux doit être remis en cause, et ses résultats aussi
    • La capacité de tout test (y compris lors d’examens ou de concours) à mesurer de manière fiable l’objet qu’il se donne est soumise à des aléas et biais lors du passage du test : stress, fatigue, maladie, etc. Ceux-ci peuvent fausser les résultats.

On attribue ainsi la boutade tautologique « l’intelligence, c’est ce que mesurent les tests » à l’un des précurseurs de la mesure de l’intelligence.

Neurologie : une activité plus intense

Sur le plan neurologique, les personnes HPI ont un cerveau au fonctionnement particulier que les progrès de l’imagerie médicale permettent de visualiser. En effet, comparés au fonctionnement normal du cerveau humain, les cerveaux de personnes HPI examinés par imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et par électro-encéphalogramme montrent :
  • une activité et un fonctionnement métabolique plus intenses, notamment dans le lobe frontal ;
  • des connexions synaptiques plus nombreuses et plus actives.
En résumé, leur cerveau fonctionne fonctionne plus puissamment, mais son architecture n’est pas fondamentalement différente. Il ne chauffe pas, il ne fait pas d’étincelles, il ne brille pas dans le noir. Là comme ailleurs, la différence est plus quantitative que qualitative.

Psychologie : des traits spécifiques

Sur le plan psychologique, les adultes HPI semblent avoir un certain nombre de traits spécifiques. Plus précisément, ce sont des traits qu’on retrouve dans toute la population mais qui se présentent en plus grand nombre et s’expriment de façon plus intense chez les adultes HPI. En outre, un individu HPI peut avoir toutes les caractéristiques ci-dessous, seulement certaines d’entre elles, voire aucune d’elles. Encore une fois, le réel résiste aux généralisations :
  • rapidité de raisonnement et pensée dite « divergente » (appelée imparfaitement, mais de façon imagée, « en arborescence »), qui permet de traiter avec plus de facilité tous les tenants et aboutissants d’un sujet ; comme si le cerveau de la personne concernée « ouvrait » plusieurs dossiers mentaux à la fois, les maintenait ouverts « en tâche de fond » pendant qu’il en ouvre d’autre, et faisait des allers-retours incessants et multiples entre tous les dossiers ouverts ;
  • grande mémoire, et facilité (voire goût prononcé !) pour le traitement de problèmes complexes ;
  • agilité intellectuelle permettant très souvent de travailler à l’interface de deux domaines ou organisations professionnelles ;

  • perception aiguë et parfois très à l’avance des avantages et risques futurs d’une situation présente, et des mesures préventives à adopter (parfois appelée « syndrome de Cassandre ») ;
  • hyperesthésie (capacités sensorielles décuplées : odorat, ouïe, vision, toucher, goût) et hypersensibilité, plus au moins prononcées, et pouvant être impactées par l’environnement et les relations de travail ; 
  • grand sens moral, et besoin de comprendre le sens des choses. Notamment des décisions prises dans le cadre du travail ;
  • Capacité mimétique à se fondre dans l’environnement (ou, à l’inverse, difficultés parfois grandes à s’adapter).

D’autres caractéristiques que l’on peut trouver chez les adultes HPI, à un degré manifestement supérieur à la moyenne, sont :
  • Rapidité d’apprentissage
  • Vocabulaire étendu
  • Excellente mémoire
  • Qualité du raisonnement
  • Curiosité
  • Sens de l’humour, et notamment goût pour les jeux de mots et de sonorités
  • Sens de l’observation aigu
  • Empathie envers autrui
  • Imagination puissante
  • Capacité d’attention sur une longue durée
  • Capacité hors norme à manipuler des nombres
  • Besoin viscéral de justice et d’équité
  • Haut niveau d’énergie
  • Persévérance dans leurs domaines d’intérêt
  • Propension à mettre à l’épreuve les figures d’autorité
  • Intérêt marqué pour la lecture

* Terriot, K. (2018). De la définition théorique du haut potentiel intellectuel (HPI) aux conséquences pratiques, A.N.A.E., 154, 265-270